Appel à communications

Traduction et culinaire. Deux faits universels qui se pratiquent quotidiennement depuis la nuit des temps, qui font chacun de leur côté l’objet de nombreuses études et que nous avons choisi d’associer à l’occasion d’un colloque international qui se tiendra à l’université de Lille du 18 au 20 mars 2020.

La traduction et le culinaire ont en effet ceci de passionnant qu’ils combinent deux mouvements contraires en ce qu’ils sont à la fois universels dans leur portée, comme nous venons de le signaler, mais également éminemment culturels : Larbaud (1997 : 89) ne peut pas ne pas penser à Brillat-Savarin (« Dis moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es » [1825] 2017, Aphorisme IV, p. 19) quand il écrit « Dis moi qui tu traduis, je te dirai qui tu es » (1946 : 95).

Deux activités largement étudiées mais aussi et surtout deux activités très ancrées dans la pratique. Ce colloque, prolongement du séminaire organisé en 2018-2019, aura pour vocation d’associer des chercheurs dans des domaines aussi divers que la traductologie, les études culinaires, la sociologie, la linguistique, les études transculturelles, l’histoire, la littérature, les sciences de l’information et de la communication, etc. mais également des praticiens, qu’ils soient traducteurs, chefs, journalistes, critiques ou professionnels du monde de la gastronomie.

Si chacun semble savoir de quoi il retourne lorsqu’on évoque la traduction, à savoir le passage d’une langue A à une langue B, il convient de rappeler que la traduction peut aussi se faire au sein d’une même langue (ce que Jakobson a appelé traduction intralinguale) et le culinaire en est un des lieux de prédilection. La traduction peut enfin revêtir une 3e forme (toujours selon Jakobson) et prendre les traits de la traduction intersémiotique, que nous appelons plus volontiers adaptation.

Mais qu’est-ce que la traduction quand il s’agit du culinaire ? Ne s’agit-il pas plutôt d’adaptation ?

Adapter… ce mot, qu’on affuble parfois de tous les maux, a t-il la même signification pour le cuisinier que pour le traducteur qui… adapte une recette (à ses propres goûts, ses propres envies ou par nécessité pratique pour le 1er / pour la culture d’accueil pour le second)? L’adaptation n’est pas uniquement le fait des traducteurs culinaires, des traducteurs techniques mais également des traducteurs littéraires : pourquoi le Christmas pudding se mue-t-il en effet en bûche de Noël dans Harry Potter alors que la traduction d’une recette de Christmas pudding aura pour but de confectionner un Christmas pudding et pas une bûche de Noël. La traduction est vraiment un parcours semé d’em…bûches dont le culinaire n’est pas la moindre.

Le culinaire en traduction, de quoi s’agit-il exactement ? Le culinaire ce n’est pas seulement la nourriture, ce ne sont pas seulement des recettes, des noms de plats. Le culinaire se divise en sous-champs parmi lesquels on peut citer les boissons comme le thé, le café, la bière ou encore le vin, là aussi produits éminemment culturels qui donnent lieu à des rituels de dégustation qui ont leur vocabulaire et leur style propres et auxquels les traducteurs ont parfois à se frotter.

Faut-il cuisiner pour traduire le culinaire : c’est la cuisine qui s’invite dans la traduction… Faut-il traduire pour cuisiner ou lorsqu’on est confronté au culinaire ? Là c’est la traduction qui s’invite dans la cuisine…

Traduction et cuisine, cuisine et traduction, les 2 termes du couple s’inversent et se trouvent plus intimement liés qu’on ne pourrait le croire de prime abord.

Le colloque, par la nature de la traductologie qui prend pour objet d’étude la traduction, se veut transdisciplinaire et pourra accueillir des communications sur les thèmes suivants (liste non exhaustive) :


Traduction intralinguale / Sciences de l’information et de la communication:

  • Langue du culinaire et de la gastronomie (différence entre les 2 ?) : ustensiles, techniques, noms de plats, onomastique, recettes, notes de dégustation


Traduction / Traductologie:

  • Traduction spécialisée : livres de cuisine, menus, publicités, étiquettes, emballages, sites web, blogs, notices d’accessoires, documents industriels, textes médicaux (allergies alimentaires, interdictions, nutrition, etc).
     
  • Traduction intersémiotique : traduction audiovisuelle, sous-titrage, doublage, sous-titrage pour malentendants, audiodescription, etc.


Aspects culturels, politiques, sociologiques etc. :

  • Doit-on traduire ou adapter ? Quelles sont les différences? Perspectives sociologiques et anthropologiques
     
  • Le culinaire dans la construction, via la traduction, de l’identité. Rapport Même / Autre (Benjamin Pain vs Brot ; Berman, Venuti, etc.)
     
  • Lexiculturel / culturème
     
  • Le culinaire comme métaphore de la traduction, et la traduction comme métaphore culinaire
     
  • Aspects politiques: droits des animaux, droits des ouvriers, commerce équitable, végétarianisme, alimentation biologique, biodynamie, utilisation des produits chimiques, féminisme, l’absence (faim, famine, régimes, etc.)


Littérature et journalisme

  • Traduire le culinaire dans la littérature : quelles sont les stratégies mises en œuvre par le traducteur par exemple ?
     
  • Aspects démoniques : cannibalisme, vampirisme, poison...


Mots-clés : traduction, adaptation, doublage, sous-titrage, terminologie, lexicographie, communication, culinaire, gastronomie, alimentation, recettes, menus, dégustation, culture


Langues de communication :

Anglais et français

Toutes les aires géographiques et chronologiques ainsi que toutes les langues d’étude sont les bienvenues.

   Cecille EA4074
   Université de Lille
   Texte Image Langage EA4182
   MESHS
   Région Hauts-de-France
   Ministère de l'enseignement supérieur
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